Cher Père Noël,
Cette année encore, les entreprises ont été sages.
Elles ont parlé d’innovation. Beaucoup.
Elles ont ajouté de l’IA dans leurs discours, de l’automatisation dans leurs slides, et parfois même quelques outils flambant neufs dans leur écosystème.
Et pourtant, une fois les fêtes passées, le constat est souvent le même :
les équipes travaillent comme avant, les irritants sont toujours là, et les “innovations” finissent rangées au même endroit que les gadgets reçus à Noël… dans un tiroir.
Alors soyons honnêtes, au moins une fois dans l’année.
Et si on arrêtait enfin de confondre innovation et gadgets ?
Une innovation qui ne change rien au quotidien n’est pas une innovation. C’est un gadget bien emballé.
Il existe une forme d’innovation très répandue. Elle rassure. Elle modernise l’image. Elle donne l’impression d’avancer. Mais elle évite soigneusement de toucher au fond.
- Un nouvel outil arrive, mais les processus restent identiques.
- Une surcouche “intelligente” est ajoutée, mais les usages ne changent pas.
- Une interface logicielle est modernisée, mais les irritants métier sont toujours là.
Dans ces cas-là, la technologie ne transforme rien. Elle maquille.
Mettre de l’IA sur un processus bancal ne le rend pas plus efficace. Ça le rend simplement plus complexe.
On retrouve ici des travers bien connus : des décisions prises par effet de mode, sans vision globale, sans réel recul. Des erreurs que l’on continue de commettre, parfois même en toute connaissance de cause, comme nous l’évoquions déjà dans notre article sur les erreurs digitales que l’on commet aussi en vacances.
Il existe une déclinaison très spécifique de cette innovation cosmétique : celle qui est pensée pour être montrée avant d’être utilisée.
- Elle fonctionne très bien en démonstration.
- Elle impressionne en comité de direction.
- Elle coche toutes les cases du moment.
Mais dès qu’on parle d’intégration, d’appropriation par les équipes ou de passage à l’échelle, elle disparaît.
Combien de Proof Of Concept (POC) prometteurs n’ont jamais dépassé le stade de la vitrine ? Combien d’expérimentations séduisantes n’ont laissé aucune trace concrète dans le quotidien ?
À ce stade, il faut appeler les choses par leur nom. Un POC sans lendemain n’est pas une innovation. C’est un brouillon.
L’innovation commence après la démo, quand il faut mesurer, fiabiliser, piloter. Sans indicateurs clairs, sans suivi dans le temps, on confond facilement impression et performance — un point que nous abordons régulièrement lorsque nous parlons de mesurer réellement la performance d’une application et d’observabilité.
Dans beaucoup d’organisations, innover signifie encore “ajouter”.
- Un logiciel de plus.
- Une plateforme supplémentaire.
- Une solution censée simplifier, mais qui oblige surtout à jongler entre plusieurs interfaces.
Progressivement, le système devient illisible. Les données se fragmentent. Les équipes bricolent.
Le digital n’est pas un sapin de Noël. On ne peut pas empiler indéfiniment des logiciels et applications métier sans se demander si l’ensemble reste cohérent.
C’est particulièrement visible sur des projets structurants comme les CRM. L’outil est souvent perçu comme innovant par nature, alors que tout se joue ailleurs : cadrage, intégration, adoption. Sans ce travail de fond, comme nous l’avons déjà montré dans nos articles sur les CRM qui ne tiennent pas toujours leurs promesses, la technologie ne suffit jamais.
À ce stade, une chose devient claire : le problème n’est pas l’innovation. Le problème, c’est la manière dont on l’aborde.
Le gadget est séduisant parce qu’il ne dérange rien. Il ne remet pas en cause l’existant. Il n’oblige pas à faire de choix.
La vraie innovation, elle, oblige à trancher. À simplifier plutôt qu’à ajouter. À repenser plutôt qu’à masquer. À investir dans la durée plutôt que dans le coup ponctuel.
Et c’est précisément là que beaucoup de projets s’arrêtent.
À l’inverse des gadgets, l’innovation utile ne cherche pas à impressionner. Elle cherche à fonctionner. Elle part d’un besoin métier réel. Elle s’attaque aux irritants concrets du quotidien. Elle vise la simplification, l’automatisation pertinente, l’intégration cohérente dans l’existant.
Elle est souvent discrète. Mais elle se remarque très vite là où ça compte :
- dans le temps gagné,
- les erreurs évitées,
- la fluidité retrouvée.
Cette approche suppose parfois d’accepter que le développement sur-mesure soit plus pertinent qu’un logiciel standard, que la conception doive s’adapter aux besoins métier, comme nous l’expliquons dans notre article logiciel sur mesure ou progiciel : comment choisir. Elle suppose aussi de penser l’innovation dans la durée : une solution non maintenue, non suivie, finit toujours par perdre sa valeur, un point que nous détaillons également lorsque nous parlons de maintenance applicative comme condition de durabilité.
À force de confondre innovation et gadgets, un phénomène préoccupant s’installe progressivement dans les organisations : l’innovation perd sa crédibilité.
Les équipes deviennent sceptiques. Les utilisateurs se méfient. Chaque nouveau projet est accueilli avec une forme de lassitude, parfois même de cynisme. Non pas parce que les collaborateurs seraient réfractaires au changement, mais parce qu’ils ont trop souvent vu passer des outils inutiles, des promesses non tenues, des “nouveautés” qui n’ont jamais changé leur quotidien. Trop d’innovations annoncées. Trop peu réellement vécues.
À ce stade, le problème n’est plus technologique. Il devient culturel.
L’innovation n’est plus perçue comme un levier de progrès, mais comme un mot creux, un sujet de communication de plus. Et c’est précisément là que le danger est le plus grand : quand les équipes n’y croient plus, même les bonnes initiatives peinent à embarquer.
À l’inverse, une innovation réellement utile crée immédiatement de l’adhésion. Pas parce qu’elle est moderne, mais parce qu’elle résout un problème concret, visible, mesurable. C’est cette capacité à produire un impact réel, et à l’assumer dans le temps, qui permet de restaurer la crédibilité de l’innovation.
Cher Père Noël,
Cette année, tu peux garder les gadgets.
Les outils brillants mais inutiles.
Les promesses technologiques sans lendemain.
Les innovations pensées pour impressionner plutôt que pour fonctionner.
Ce dont les entreprises ont réellement besoin aujourd’hui, ce ne sont pas de nouvelles démonstrations, mais de meilleures décisions.
Pas plus de technologie, mais plus de cohérence.
Pas plus d’outils, mais des solutions réellement utiles.
L’innovation adulte n’est ni spectaculaire ni bruyante.
Elle commence par comprendre le métier.
Elle s’appuie sur des choix clairs, parfois exigeants.
Elle privilégie la simplicité à l’empilement, l’usage à la mode, la durée à l’effet immédiat.
Elle ne se juge pas en décembre.
Elle se vérifie en janvier, quand le quotidien reprend.
Alors, cher Père Noël,
si tu dois vraiment déposer quelque chose sous le sapin cette année,
fais en sorte que ce soit moins brillant…
mais beaucoup plus utile.